GOOD LORD (Oh Lord ! Tome 3) Laure Elisac, tous droits réservés Extrait 22

Dimanche 10 Septembre 2017

Le feuilleton de l'été est en ligne !
Tous les dimanches et tous les jeudi, suivez les aventures de GOOD LORD (Oh Lord ! Tome 3) avant sa parution.

Cet extrait sera le dernier dévoilé avant la publication finale du roman. Je vais consacrer ces prochaines semaines à l'édition du livre. Je fais mon possible pour le publier fin Septembre comme promis, avec comme dead line des dead line le 6 Octobre 2017.

Heureusement, pour m'aider à la relecture, j'ai mes fidèles "Cerises", Mahira Delanney, Noha, et Liliane Fournier. En ce moment, elles traquent pour moi les mots manquants ou en trop.

Merci à vous chers lecteurs et lectrices pour votre enthousiasme et votre fidélité, et merci tout particulièrement à Ariane et Stéphanie pour leurs débriefing souvent humoristiques, toujours passionnés.


Extrait 22


Design Laure Elisac

Samedi 11 juin 2011, Drayson Mews, Kensington, Londres



– Comment peux-tu avaler des trucs aussi dégueu ? dit Eve à Gerry dans les escaliers qui menaient du rez-de-chaussée à l’appartement de l’acteur. Autant te prévenir que tu ne risques pas de me rouler des pelles avec ton haleine de rognons !
Ce dernier, qui la suivait de près, agrippa une de ses chevilles. Elle trébucha, se rattrapant de justesse sur la dernière marche des escaliers.
– Putain, Gerry ! J’ai failli me casser…
Agenouillé derrière elle, il glissa sa trombine sous ses vêtements, dans l’interstice de ses cuisses, lui rappelant qu’elle ne portait pas de culotte. Telle est prise qui croyait prendre. Le contact de ses lèvres sur sa vulve envoya des décharges jusque dans ses seins. Ils devaient aborder des sujets importants, elle n’était pas d’humeur à ça, enfin, il bénéficiait de l’effet de surprise, et puis elle n’avait pas le cœur à interrompre son exploration, lui qui, quelques mois plus tôt, déclarait détester les cunnilingus.
Il retroussa sa robe et écarta ses fesses en grognant.
– Ton cul est magnifique, j’ai eu envie de le bouffer toute la soirée.
Il immisça son museau dans son intimité. Sa mâchoire et son menton, couverts de barbe tardive chatouillaient délicieusement sa toison, pendant qu’il explorait ses plis rose sombre. Elle se cambra pour lui faciliter l’accès. Il ajouta deux doigts pendant que sa langue dardait son clitoris, mais, trop vite, il s’agita pour dégrafer son pantalon. 
– Non, attend !
– Allez, petite salope, Mr Majestyk maîtrise parfaitement la langue des signes. Aujourd’hui, il va mimer le mot caramboler. Où alors tu préfères une leçon de catéchisme ? Il peut te montrer comment on enfile un chameau dans le chas d’une d’aiguille.
– Sois sérieux, il faut qu’on discute, toi et moi.  
– Pourquoi ? Tu es trempée !
Il la saisit par les hanches pour reprendre la position initiale, mais elle s’esquiva, abandonnant derrière elle un Gerry penaud, agenouillé sur le béton ciré, et la bite à la main. En d’autres circonstances, elle aurait ri et se serait laissée attendrir.
– Je sais pour Lévimachin.
– Lévi qui ?
Gerry chercha une gonzesse dans ses connaissances, affublée de ce prénom et qu’il aurait baisée. Avec tous les mannequins qui avaient goûté à sa broche, il en avait croisé des noms bizarres, principalement les Nordiques et les filles de l’Est. Et comment s’appelait cette israélienne qui venait de finir son service militaire ? Merde. Il comprit soudain de quoi elle parlait. Il remonta son attirail et la suivit silencieusement dans la cuisine.
Elle se servit un verre d’eau pendant qu’il s’installait en face d’elle, sur le tabouret de bar.
– Ce n’est même pas que tu consommes ces machins qui me dérange, mais que tu m’aies menti.
– Je ne t’ai pas menti, techniquement, je ne prends pas de Viagra.
– Assez joué au con avec moi. Quelle différence avec le Viagra, explique-moi ?
Il s’empara du verre qu’elle avait abandonné sur le comptoir et le termina, plus pour se donner une contenance que par soif.
– Le sujet est délicat. J’ai ma fierté d’homme. Tu m'imagines, te draguer avec un « Salut, Bébé, vu que je suis né avant l’invention du téléphone portable et de la télé couleur, les festivités de ce soir seront réalisées avec moult effets spéciaux. » Après tout, on ne vous demande pas si vous êtes nées avec un brésilien naturel ou s’il vous arrive de péter autre chose que les couleurs de l’arc-en-ciel. Chacun ses secrets.
– Mais, en as-tu vraiment besoin ? Mon père, cela s’entend, avec tout ce qu’il s’est mis dans le pif, mais tu ne vas pas me faire gober que l’intégralité de la population masculine, passé la cinquantaine, utilise une béquille pour s’assurer la béquille en l’occurrence. Et, toi, en plus, tu es en super forme ! Tu as une meilleure hygiène de vie que moi !
Eve repensa à toutes ces occasions où son sexe bandait si dur que cela en devenait douloureux. Depuis tout ce temps, il aurait suffi que cet idiot abandonne ses pilules !
– Quand on possède un chibre de ma taille c’est difficile de maintenir une trique solide sur toute la longueur.
– Parce que tu t’en sers depuis longtemps ? Bordel ! Ton budget jambes en l’air doit avoisiner celui de l’armement !
– J’en prends depuis l’arrivée du viagra sur le marché. Mais avec ces molécules nouvelle génération, on a gagné en confort.
– Oh, Gerry, souffla Eve.
Accoudée au comptoir, elle enfouit son front dans ses avant-bras. Cet aveu la remplissait de tristesse. Elle l’entendit qui se levait.
– Pourquoi m’emmerdes-tu avec ça ? D’habitude, les nanas se posent moins de questions. Vous êtes bien contentes de trouver Mr Majestyk  au garde-à-vous, toujours prêt à vous servir, alors qu’est-ce que c’est que ces reproches, tout à coup.
Et voilà, maintenant elle l’avait vexé. Il se rendit dans la chambre et elle demeura dans la cuisine, écoutant le bruit de ses vêtements pendant qu’il se déshabillait, le bracelet massif de sa montre contre la table de nuit, puis celui, lointain de la douche. Comment était-il possible qu’il arrive à son âge sans que personne, jamais, ne lui ait dit qu’il était parfait tel qu’il était ?


Il l’attendait assis dans son lit quand elle le rejoignit, les draps ramenés sur lui, une vaillante érection sponsorisée par les laboratoires pharmaceutiques soulevant le tissu comme si un camp de réfugiés s’était installé entre ses cuisses. Il était encore fâché. Pourtant, tout ce qu’Eve souhaitait exprimer, c’était son inquiétude pour sa santé. Elle se débarrassa de sa tunique et grimpa nue, sur le matelas. Elle s’allongea contre lui en silence et appuya sa joue contre sa poitrine poivre et sel.
– La difficulté n’est pas d’avoir la gaule, commença-t-il, mais avec ma longueur… ma bite ne paraissait jamais aussi raide que celle de mes potes à l’école. Ils n’osaient pas se moquer de moi ouvertement parce qu’ils craignaient les représailles de mon frère, alors ils m’appelaient Elephant man, mais je me doutais que c’était pour la trompe molle, pas pour la taille.
– Il ne t’est jamais venu à l’idée qu’il s’agissait d’un phénomène normal ?
– Trop grande pour être convenablement irriguée ? Certainement. Je te laisse savourer l’ironie de la situation, c’est comme si Dieu m’avait offert une Ferrari, mais sans le réservoir d’essence.
– Non, je veux dire, c’est peut-être normal, pour pénétrer le vagin. Quand elle est dure, c’est douloureux. Toutes les femmes ne disposent pas d’un couloir à bowling là-dedans. Peut-être que sa mollesse rend l’intromission confortable, tout simplement.
– Et comment rentre-t-on si on n’est pas raide, Madame l’ingénieure en mécanique des corps ?
Elle se redressa pour croiser les jambes en tailleur à côté de lui.
– La verge n’a pas besoin de dureté pour entrer, elle a besoin que la dame soit ouverte, et mouillée.  
Un mouvement dans les draps capta son attention. L’objet de leur conversation remuait, preuve que Mr Majestyc était doté d’un système ORL autonome.
– Regarde, tu n’as pas à forcer pour entrer…
Elle plaça l’index de l’acteur dans sa fente soyeuse.
– …et, étant donné la dimension de ton engin, crois-moi, on le sent passer.
L’engin était définitivement à l’écoute. Eve le caressa doucement.
– C’est la dernière fois qu'on cabriole avec ça. Promets-moi de jeter ton stock. Enfin, fourgue-les à mon père, lui, il a de sérieux problèmes de robinetterie. Mais j’ai hâte de découvrir comment c’est de faire l’amour avec toi, le vrai toi. 
– Et si Mr Majestyk  ne se souvient plus comment on bande tout seul.
– Tu me feras jouir manuellement, j’adore ça. Tu me lècheras tant que Mr Majestyk réclamera du temps pour retrouver ses esprits.
Gerry la bascula sur le dos et la couvrit de son corps, s’appuyant sur ses coudes pour ne pas l’écraser, précaution inutile, vu qu’il l’étouffait avec la vigueur de son baiser. Il lui dévora la bouche, les lèvres, la langue. Eve se sentait comme un surfeur pris dans un rouleau, sauf que sa planche était un gros pipeline. Quand il la libéra, il nicha sa bobine dans son cou, avec le projet manifeste de polir et embrasser chaque parcelle de sa peau. Ses genoux se frayèrent un passage jusqu’à son mont de vénus, et Mr Majestyk toqua discrètement contre son intimité. De son côté, elle cherchait surtout à respirer. Gerry avança et comme annoncé précédemment, il la pénétra sans lutter. Il émit un grognement, mais s’abstint de s’engager plus profond. Au contraire, il se contenta de frotter son gland et les premiers centimètres à l’intérieur d’elle. Son vagin, préservé d’une intrusion démesurée, conserva sa texture tendre et juteuse autour de sa branche. Il leva son visage au-dessus de celui d’Eve et plongea dans ses yeux avec une intensité telle que la jeune femme eut l’impression qu’ils se regardaient pour la première fois.
– Eve… murmura-t-il, Eve… bon sang…
Les gens associent généralement la nudité à la stimulation sexuelle : une chute de reins, des seins, une queue tendue… mais là, pour Eve, la vue de ses traits qui se contractaient sous l’intensité de l’émotion atteignait le summum de l’érotisme. Son cœur enfla en même temps que l’orgasme grandissait dans son ventre et elle lisait dans les prunelles de Gerry qu’il vivait la même chose et qu’il avait peur. Elle caressa sa nuque et il renversa sa tête en arrière pour jouir, tous ses muscles crispés dans l’effort produit pour ne pas la pilonner de toute sa longueur. Fascinée par la contemplation de ce visage qu’elle affectionnait plus que jamais et par la confiance qu’il lui offrait, elle en oublia son propre plaisir et serra ses cuisses autour de lui pendant qu’il récupérait des secousses de l’ultime félicité.
– Eve, dit-il, à bout de souffle, repousse-moi.
– Hein ?
Il se souleva sur les bras, vibrant d’une nouvelle excitation.
– Repousse-moi !
– Mais… pourquoi ?
– Pour que tu m’appartiennes pour toujours.
Il éclata de rire et Eve se demanda s’il avait grillé quelques neurones à force de se retenir. Peut-être que les molécules du Lévimachin avaient migré sous sa voûte crânienne, provoquant le gonflement de vaisseaux vitaux…. Elle réalisa enfin le sens de ses paroles. Ses neurones avaient réellement fondu.
– Épouse-moi ! répéta-t-il. Marions-nous, on est fait l’un pour l’autre, c’est évident ! Comment ai-je pu passer à côté si longtemps ?
– Gerry, pitié, ne ruine pas ce moment fabuleux !
– Ah ! Tu vois, tu le penses également ! Je veux que tous les deux on reste comme ça pour le restant de notre existence. Il faut qu’on se marie. Ça y est, je comprends ce que Malcom ressent, moi aussi je veux que tu deviennes ma femme.
– Malcolm veut que je devienne sa femme ?
Il rit de plus belle, naviguant de l’euphorie à l’hystérie.
– Je suis fou de ton humour, tu es tellement différente de toutes les gonzesses que j’ai rencontrées ! Il faudrait inventer une catégorie rien que pour toi.
Eve s’assit, le dos contre le mur.
– Gerry arrête tes conneries, tu sais très bien que c’est hors de question.
Il fronça les sourcils et s’agenouilla devant elle.
– Pourquoi ? La baise est fantastique, je tiens à toi, et tu tiens à moi. Pour la première fois, je comprends qu’on puisse rester toute sa vie avec la même personne de son plein gré.
– Mais je ne fonctionne pas comme ça. C’est comme… Sonia m’a raconté un jour que le cerveau des ados n’était pas totalement formé avant la fin de leur croissance et qu’il leur manquait la partie qui permet de se projeter dans le futur. Et bien chez moi, cette zone ne s’est jamais développée.  
Il tapa du poing sur le matelas, Eve ramena ses genoux contre elle. Gerry maugréa et articula entre ses dents serrées :
– Merde, c’est ça, le problème avec toi !
Il pointa un doigt furieux contre ses pectoraux.
– Moi, je ferais n’importe quoi pour nous deux, mais toi, toi, on dirait que tu te trouves là par hasard, que tu attends la fin du film pour rentrer chez toi.
– Tu es injuste. Je n’étais jamais sortie au-delà de deux mois avec un homme, pourquoi je serais là si je ne tenais pas à toi ?
– Mais pas comme moi, je tiens à toi.
– Si ! Non ! Les gens se jurent de rester ensemble jusqu’à ce que la mort les sépare, c’est flippant. Personnellement, je préfère vivre avec toi tant que la vie nous rapproche.
Gerry secoua la tête et se leva pour s’habiller. En pleine nuit. Avec la tente à réfugiés toujours dressée.
– Où vas-tu ?
Il extirpa rageusement un bermuda du placard mural.
– Tant que la vie nous rapproche ? Jolie réplique, tu devrais l’envoyer à Malcolm, il l’utilisera probablement dans sa prochaine pièce.
– Gerry, où vas -tu, putain !
– Me bourrer la gueule. Au moins, je n’ai plus à m’inquiéter de ce que j’ingurgite.
Il enfila un tee-shirt et tourna sur lui-même pour localiser ses converses. Eve sauta du lit et les intercepta, les serrant contre elle pour l’empêcher de les atteindre.
– Ne fais pas ça, Gerry.
Il essaya de les saisir, elle résista.   
– Faire quoi ? dit-il en postillonnant sous le coup de l’agacement.
– Te détruire pour me punir de ne pas céder à tes caprices.
– Me détruire ? Avec quelques bières ? Tu te donnes beaucoup d’importance. File-moi ces satanées godasses.
Elle fit non de la tête. Il se retourna et farfouilla dans le placard pour en extraire une paire de tongs. Il ne risquait pas de boire toute la nuit, les pubs fermés, quelle boîte l’acceptera vêtu ainsi ?
– Je t’en prie, Gerry, ne gâche pas tout, on était bien ensemble.
– Parce que ça t’intéresse, maintenant ?
Eve l’entoura de ses bras et se cola contre son ventre tendu par la digestion. Il ne fit pas un geste pour répondre à l’accolade.
– Évidemment ! Je kiffe notre couple, je kiffe notre quotidien. Je t’adore, que veux-tu de plus ?
Après un silence, elle reprit, le front plaqué contre son torse.
– S’il te plaît, reviens te coucher, je ne supporterais pas de te perdre.
Il soupira et son corps se détendit comme une cornemuse qui joue sa dernière note.
– Ok, mais colle-toi un truc sur le dos, j’ai besoin de marcher. Entre Matt qui m’a gavé de rognons et toi, avec tes frites, j’ai l’impression d’avoir avalé un camion à pizza.
– C’était parce que Matt m’a expliqué que le gras interférait avec le Lévitron, je comptais te torturer pour me venger de tes mensonges.
– Désolé, mais l’omission ne constitue pas un mensonge. Je plaide innocent, comme l’agneau immaculé.
– C’est la vierge qui est immaculée.
Il se frictionna l’estomac avec contentement.
– Ouais et bien tu admettras que ton plan diabolique ne fonctionne pas sur une force de la nature de mon acabit.
– J’ai vu, et j’ai senti, dit-elle timidement, par peur de rompre le fragile équilibre qui s’instaurait à nouveau. 
Gerry récupéra ses tennis et s’assit sur le lit pour les lacer. Eve enfila sa robe de la soirée. Elle était froissée aux endroits où Gerry l’avait empoignée dans les escaliers.
– Quelle est la différence entre un agneau et une prostituée ? dit-elle, mue par une inspiration soudaine.
– Tu m’inquiètes, est-ce une blague à la fois pédophile et zoophile ?
– Idiot ! La prostituée, on la conduit à l’hôtel, alors que l’agneau, on lui règle son compte sur l’autel !
– Il y a également des femmes qu’on conduit à l’autel, figure-toi.
– Pour leur régler leur compte ?
Il la fessa pour qu’elle accélère le pas.
– À notre retour, je règlerai son compte à ce cul et cette bouche insolente.


GOOD LORD (Oh Lord ! Tome 3) Laure Elisac, tous droits réservés Extrait 21

Jeudi 9 Septembre 2017


Le feuilleton de l'été continue et il est en ligne !
Tous les dimanches et tous les jeudi, suivez les aventures de GOOD LORD (Oh Lord ! Tome 3) avant sa parution.

Ne cherchez pas de lien entre les prochaines couvertures éphémères et les extraits, car je suis en train de chercher la couverture finale.

Extrait 21


Design Laure Elisac

Samedi 11 juin 2011, Belgravia, Londres



Lawrence conduisait en silence. Mis à part son manque d’entrain pour le jeu de l’oie familial : Sexe – Beaux-parents – Mariage – Maison – Progéniture – Cimetière, on pouvait déclarer l’expérience relativement agréable. Les parents de Sonia s’étaient montrés de bonne compagnie : son père, Stuart Atkins, était un homme d’affaires cultivé et intelligent, sa mère, Li Mei l’avait conquis par son charisme et sa féminité. À quarante-sept ans, elle en paraissait quinze de moins, Lawrence avait eu l’impression de découvrir la sœur de Sonia. Et cette silhouette ! Elle avait conservé de ses années de danseuse à l’opéra de Pékin une grâce et un maintien qui en faisait le centre de l’attention. Des qualités qui le poussaient à se montrer indulgent envers son attirance pour le total look façon bonbon. Li Mei s’habillait principalement en Escada. Lorsqu’elle était apparue à l’aéroport, elle portait une blouse et pantalon tailleur rose bubble gum absolument improbable. Escarpins et pochette assortis. Ce soir, au restaurant elle arborait une robe safran, escarpins et pochette assortis. Et vernis. Cela lui donnait une allure d’oiseau exotique. Avec sa chevelure ébène cascadant sur ses épaules, elle était saisissante.
Il se tourna vers Sonia, la jeune femme regardait distraitement le défilement des vitrines en berne. Au contact de Li Mei et Stuart, elle devenait transparente. La beauté de sa mère éclipsait la sienne, et le peu d’éclat qui lui restait était sacrifié à la tâche ingrate de plaire à son père.   
– Avez-vous prévu de vous retrouver, demain ? s’enquit-il gentiment.
Elle lui offrit un sourire forcé, le même qu’elle utilisait pour quémander l’assentiment de son père. Elle s’adressait à ce dernier comme si elle passait un entretien d’embauche.  
– Non. Ils brunchent en dehors de Londres, avec des amis. 
– Tes parents sont très unis, j’ai rarement rencontré un couple de leurs âges aussi complice.
Cela l’avait surpris. Ils se comportaient comme s’ils sortaient de lune de miel, leur fille se réduisant à un simple filigrane dans l’arbre généalogique. Il dépassa la maison de Belgravia, et continua jusqu’au garage.
– Ils sont fusionnels. Ils me laissaient la plupart du temps à la garde de mes grands-parents quand j’étais enfant, ils adorent voyager en amoureux.
– Ils ne t’emmenaient jamais ?
– Jamais, à part quand ils venaient ici. Ou lorsqu’ils se déplaçaient dans un pays anglophone. Papa avait tellement peur que j’oublie mes racines. Mais j’aimais bien rester seule. De toute façon, je n’étais déjà pas douée pour me faire des copains à cette époque ! Pour mes six ans, ils m’ont embarquée avec eux en Nouvelle-Zélande. Je jouais seule sur la plage pendant qu’ils étaient occupés à Dieu sait quoi. Pas ça, idiot ! ajouta-t-elle, devant l’expression narquoise de Lawrence.
Elle secoua la tête.
– Brrr je ne veux pas avoir ces images dans le cerveau ! Enfin, bref, tu les as vus, ils se regardent et ils sont ailleurs. Mon passe-temps préféré consistait à m’éloigner le plus possible avec ma pelle et mon seau et, lorsque des adultes me demandaient où se trouvait ma maman, je leur racontais que j’étais orpheline et que je m’appelais Michael.
– Michael ? demanda-t-il, amusé.
–J’avais la coupe au bol et j’étais toute maigre, comme ces moustiques, tu sais, les cousins, avec leurs longues pattes. J’adorais m’imaginer en garçon. Mais chaque fois que je croisais des adultes gentils, ils me ramenaient à l’hôtel et ils rencontraient mes parents. Ils tombaient sur le charme et parlaient sans fin de trucs de grands. Je repartais explorer la plage.
La voiture garée, Lawrence contourna le véhicule et ouvrit la portière de la jeune femme. Une ride verticale séparait ses jolis sourcils. Il cueillit son visage et effleura le froncement d’un baiser. Sonia rit, gênée, comme souvent lorsqu’il lui témoignait de l’affection. Elle sentait bon, son shampoing au jasmin avait eu toute la journée pour s’évaporer. Il l’embrassa. Ils gardaient sur leurs lèvres le goût de la salade de fruits mangée au restaurant. Sonia commandait toujours comme lui. L’ananas était particulièrement savoureux, il parcourait ses notes sucrées et acidulées de la pointe de sa langue. Elle se laissa aller contre lui, le corps alangui, moins raide que d’habitude, car elle avait bu quelques verres de vin, dans le souci de suivre la descente de son père qui en avait une bonne. Il la souleva pour la déposer sur le capot de la voiture. Elle frémit. Dans ses prunelles brillaient l’envie et la surprise. Et un peu le reproche également. Elle n’était pas le genre de femme à se retrouver sur un capot, même celui d’un coupé dispendieux. Tant mieux, c’était justement le contraste de ses vêtements Paul Smith avec l’atmosphère du garage qui stimulait Lawrence. Il se pencha sur elle dans un mouvement explicite et elle comprit qu’il n’avait pas l’intention de s’arrêter à un baiser. Elle protesta et chercha à s’esquiver. Son pantalon en satin glissait sur la peinture métallisée, Lawrence agrippa ses cuisses et enroula ses jambes d’amazone autour de sa taille.
– Lawrence, la porte... on va nous remarquer !
– Mais non, on est dans l’ombre. Et puis, à cette heure-ci, il n’y a personne, tu ne crains rien. 
Le box étant suffisamment profond pour accueillir deux véhicules, l’éclairage des lampadaires ne parvenait pas jusqu’à eux.
– Allez, mon petit Michael, dit-il, en remontant son haut pour accéder à ses seins, qu’as-tu fait de ton esprit d’aventure ?
Il posa sa bouche sur la sienne pour l’empêcher de répondre. Tout à l’heure, il s’en voudra d’avoir été autoritaire, mais, à l’instant, il goûtait la douceur des températures printanières, et il n’avait pas fricoté en plein air depuis l’été de ses seize ans en Californie. Il percevait encore la caresse de la brise tiède sur son dos d’adolescent mal dégrossi, pendant qu’il rentrait avec un tel enthousiasme dans le corps de sa partenaire qu’il avait l’impression que ses bourses, dotées d’une existence propre, s’y engouffraient de concert. Le garage de Belgravia ne humait ni les embruns ni les essences de bois de la forêt qui les abritait, mais sa complice conduisait une jeep, et c’était à l’arrière de l’engin qu’il la prenait. L’odeur du métal et du pot d’échappement était universelle. Sonia détourna la tête pour se libérer de son emprise.
– Ok, dit-il, pas de problème, que des solutions.
Il tendit le bras pour actionner la fermeture du battant et les isoler de la rue, puis il éclaira le plafonnier, afin de profiter de la vue. Sonia avait les joues rouges et l’électricité statique collait ses cheveux épars sur le capot. Ses yeux luisaient comme deux onyx prêts à le punaiser contre le mur. Il défit sa braguette pour exposer son membre et l’inviter à palper ses intentions.
– Est-ce que tu faisais ça avec Eve ? Ici ?
Il suspendit son geste.
– Jamais. Je te le promets.
Elle se détendit. C'était terrible, ce besoin de se mettre en rivalité avec Eve, mais si présentement elle tirait une quelconque sensation de victoire à l'idée d'être sautée dans un garage chargé d'hydrocarbure, ce n'est pas lui qui la contrarierait. Elle saisit son pénis comme un hochet. Lawrence se résigna à se faire secouer comme un jouet mais il garda les yeux ouverts, car lorsqu'il les fermait, c'était Eve qu'il voyait.

GOOD LORD (Oh Lord ! Tome 3) Laure Elisac, tous droits réservés Extrait 20

Dimanche 3 Septembre 2017


Le feuilleton de l'été est en ligne !
Tous les dimanches et tous les jeudi, suivez les aventures de GOOD LORD (Oh Lord ! Tome 3) avant sa parution.

L'extrait arrive un peu tard dans la journée, mais avec la rentrée et les allers et retour en train entre Lyon et Hauteville, mon emploi du temps est un peu compliqué. Je n'ai d'ailleurs pas passé autant de temps que j'aurais voulu pour cette couverture éphémère, mais j'espère la retoucher un peu un de ces jours... on peut toujours rêver ;-)

Extrait 20


Design Laure Elisac


Samedi 11 juin, Crescent Lane, Lambeth, Clapham Commum, Londres 




Lorsqu’ils débarquèrent dans le jardin, le groupe était installé autour de la table. Eve fit le tour afin d’embrasser les convives tandis que Gerry s’installait le plus loin possible de Matt. Tout le monde se comportait comme si l’article n’existait pas et que Gerry n’était pas l’enculé qui avait prévenu les journalistes, sauf Matt, qui tirait la gueule, par principe. Eve savait maintenant que ça ne durerait pas, car dans une dizaine de jours, il sera forcé de faire ami-ami avec son dealer s’il souhaitait qu’Irina continue à escalader sa bougie. 
– J’ai l’impression qu’il y a des siècles que je ne t’ai pas vue en robe, souffla Gerry en la plaquant contre lui.
Au moment de s’assoir il l’avait tirée sur ses genoux. Elle pressa ses fesses contre son entrejambe. Aussitôt, il agrippa ses hanches et chuchota dans son oreille :
– Oh oui ! Madame circule sans culotte à une réunion de famille ! Vilaine friponne, tu veux ma mort ?
En quelques secondes, ses genoux s’étaient transformés en piste à bosse. Elle se leva pour aider au service et lui offrir une vue imprenable sur le haut de ses cuisses, appétissantes comme un plat descendu de l’Olympe. Il y a des lustres, Dante avait peint un tableau intitulé « Le supplice de Tantale », un mec condamné par les Dieux à éprouver éternellement la faim et la soif sans jamais réussir à se sustenter. Elle comptait lui infliger à peu près la même chose, mais avec son cul. Arrivée à l’assiette de l’acteur, elle la chargea en frites et esquiva les haricots verts. Gras et alcool, avait déclaré son père, elle tenait sa vengeance. Elle intercepta la bouteille de vin et lui en versa un verre comme de la limonade. Il protesta.  
– C’est du Bordeaux, ça ne se refuse pas.
– Mais je conduis…
Elle saisit trois frites et les écrasa dans sa bouche.
– Alors, mange, ça épongera l’alcool. J’adore ces frites, continua-t-elle en lui fourrant d’autres pommes de terre dans la bouche. C’est la spécialité de Crispin, elles sont faites maison. Combien de temps as-tu passé à cuisiner tout ça ? demanda-t-elle à l’intéressé.
– Entre l’épluchage et la coupe, une heure, mais Léon m’a aidé.
– Ah, tu vois, dit-elle en préparant une nouvelle fournée, ce serait irrespectueux de les bouder.
– Je croyais que Gerry se mettait au régime avant de commencer une pièce, fit remarquer Matt, narquois.
– C’est l’anniversaire de Léon, plaida Nicola, vous parlerez régime demain !
– Nico a raison, acquiesça Eve, en profitant de l’occasion pour remplir à nouveau le verre de Gerry. Goûte ! Avec les rognons, c’est délicieux.
Gerry la repoussa, mais elle insista, portant le verre à ses lèvres.
– Allez, laisse ce pauvre homme tranquille, dit Matt, il prend le volant, ne le force pas à boire.  
– Il y a quelques heures, tu rêvais de faire rissoler ses burnes avec les rognons et maintenant tu te soucies de son taux d’alcool dans le sang ?
– Ma mère, intervint Irina, disait : « on attrape les hommes par le sexe et on les garde par l’estomac. »
– Moi, je préfère qu’on m’attrape et qu’on me garde par le sexe, répondit Gerry. Pour ce qui est de l’estomac, j’ai ma voisine qui cuisine à la perfection.
– Deux femmes pour toi, quel appétit !
Bon sang, ça ne lui suffisait pas d’effeuiller les pâquerettes avec Matt, Irina flirtait avec Gerry ! Tout être humain doté d’ovaires flirtait avec Gerry, consciemment ou inconsciemment, à l’exception de Nicola, qui depuis toujours était immunisée contre le charme du bellâtre. Eve écouta distraitement Gerry renvoyer la balle à Irina. La peintre russe avait tondu la pelouse, monté les bordures avec les planches et manié la perceuse pour accrocher la guirlande de Junzo, autant dire qu’elle soignait ses galons de chouchoute du Huis Clos. Le bras de la jeune femme frôlait par intermittence celui de son père. Leur idylle était récente si elle éprouvait encore le besoin de se frotter à lui en dehors de la chambre à coucher. Dans peu de temps, elle aura principalement envie de lui planter sa fourchette dans les parties molles.
Irina se leva pour exhiber une cicatrice, au niveau de sa taille et raconta qu’il s’agissait d’un coup de couteau. Matt devrait vraiment envisager de protéger ses parties molles. Au lieu de cela, ce dernier surenchérit en dévoilant une cicatrice à la pliure de son coude. S’ils poursuivaient leur tour de la table, ces idiots allaient atteindre Léon et sa jambe amputée !
– Et vous, qu’est-ce qu’il arrive à votre nez ? demanda Irina à Gerry avec son accent chantant.
Ouf, pensa Eve, avec Gerry, Léon est sauvé, on en a pour la soirée.  
– L’histoire du pif de Gerry ? répondit Matt à sa place, on la connaît par cœur ! Il zonait avec son frère Roger quand il avait… quel âge avais-tu ? Seize, dix-sept ans ?
– Quinze.
– Notre Gerry était un adepte de la castagne dans sa jeunesse.
– Ah ! s’exclama Irina. Incroyable ce truc des garçons pour la bagarre. En Russie, c’est pareil !
– En réalité, c’est la version que je présente à la presse.
– C’est nouveau, marmonna Eve en jouant avec ses haricots, parce qu’il lui était difficile de manger avec l’odeur des abats dans les narines.
– Tu veux dire, nota Matt, que les dix armoires à glace n’étaient que deux et qu’ils sortaient de l’école primaire plutôt que des Marines ?
– Je veux dire qu’il n’y a jamais eu de baston et que c’était moi qui sortais de primaire.
Matt avait perdu la bataille de l’attention, l’assemblée était suspendue aux lèvres de Gerry.
– J’ai inventé ce scénario dans mes premières interviews pour me donner un style bad boy, et après, j’ai laissé la légende se construire. En réalité, dans la famille Penhall, c’était mon frère Roger le bagarreur, mais moi, j’étais le mariole au fond de la classe.
– Attends, protesta Matt, toutes ces anecdotes dont tu te vantais, sur les règlements de comptes, c’était du pipo ?
– Pour la plupart. Ne tirez pas ces tronches, à l’époque, j’ai brodé avec les journalistes par rapport à ce qu’ils désiraient entendre. Personne ne se souciait de la vérité.
– Ça n’a pas changé, souligna Léon. Et ton nez ? Il a bien été cassé ?
L’acteur effleura l’arête estropiée et soupira.
– Oh, ça… Mon instituteur m’avait pris en grippe. Je le comprends, à neuf ans j’étais une tête à claques, sans cesse dans la provocation. Je restais en retenue après les cours et il m’enfermait sous l’estrade, ou m’obligeait à m’agenouiller sur une règle. Vous vous souvenez, les règles en bois carrées ?
Crispin et Léon opinèrent du chef en même temps.
– Un soir, je ne sais plus ce que je lui ai sorti, il a perdu son sang-froid et a frappé ma tête contre le tableau. J’étais à genoux, mon crâne a cogné contre la margelle des craies. Je me suis évanoui sous le coup de la douleur.
Un silence consterné accueillit ses paroles. Le cœur d’Eve remonta dans sa gorge, et cette fois ce n’était pas à cause de la nourriture.
– Mon dieu, murmura Nicola, j’en entends des histoires au boulot, mais là…
– Il aurait pu te tuer, dit Léon, si un os était rentré dans ton cerveau…
– Ah ben en tous les cas, après cette aventure, il ne m’a plus jamais touché ! Et moi, de mon côté, j’ai fini de l’emmerder.
– Quoi ? Parce qu’il a gardé son poste ? s’offusqua Nicola, il n’a pas été sanctionné ?
Gerry secoua la tête et recommença à caresser son nez à l’endroit aplati par le coup. L’arête cassée ajoutait à son charme. 
– Personne ne l’a jamais appris, j’ai fermé ma gueule. Quand je suis rentré, j’ai raconté à mes parents que je m’étais viandé en vélo. Roger a soupçonné l’entourloupe, parce que quand on se ramasse en bécane en général, ce sont les poignets et les genoux qui trinquent.
Un silence gêné s’instaura, en raison de l’accident de vélo qui avait coûté une jambe à Léon. Il s’en rendit compte et s’empressa de préciser :
– Genre des graviers incrustés sous la peau, ou des éraflures sur les avant-bras, des conneries de gosse.
– Mais c’est injuste, insista Eve, il s’agit de maltraitance sur un enfant !
Gerry rit.
– Ah non, je t’assure que je le méritais, j’étais une peste, le cauchemar des instits. Mais je plombe l’ambiance. Vous comprenez mieux pourquoi je ne sers pas cette version aux journalistes ! Désolé de pourrir ta fête, Léon.
Eve ressentit une envie soudaine de se trouver seule avec Gerry. Merde ! Songea-t-elle. Ce salaud m’a menti, il a abusé de ma crédulité, il a ruiné mon vagin en gobant des substances à la con, et je ne n’ai qu’une hâte, c’est le cajoler comme sa mère aurait dû le faire à l’époque.
Ce bandit méritait de recevoir un énorme coup de pied au cul, sauf que la vie s'en était déjà chargée !